Un puits et des bouteilles : projets non retenus

Plaidoyer pour une double installation aux chemins d’art de St Flour

§  Un puits de lumière pour saluer la mémoire des recluses qui pensaient que leurs prières  sauveraient les habitants de la ville – une croyance purement messianique. Un puits de lumière pour énoncer des pratiques autrefois porteuses d’espoirs immenses.

Ø  Quelles vérités, aujourd’hui, seraient comparables aux mythes des recluseries ?

L’eau ? Elle coule abondamment, elle est toujours présente à nos yeux  mais on ne s’y baigne déjà plus et on ne la boit plus.

§  Un chemin de bouteilles : du plâtre est coulé dans les bouteilles en plastiques écrasées, qui gisent sur les caniveaux ou les bas côtés des routes. Il s’agit peut-être, une fois de plus, de valoriser les déchets humains. Peut-être. Mais l’histoire de la Recluse, c’est l’humanité à la recherche de sens. Tandis qu’une jeune fille s’enferme dans son sacrifice, tandis que la foi en l’homme perdure, les désastres et les déchets s’accumulent.

Ø  Peut-être : la soif de vivre des uns contre la soif  de prière des autres ?

       Contrairement au principe de la réclusion en vogue dans le passé, j’enferme des idées pour qu’elles s’entrechoquent et produisent du sens à volonté. Mes productions réactualisent ces idées. La brique de verre est née à Brest en 1992 pour célébrer la mer et le vent. Elle est ensuite devenue Puits de lumière à Rennes, Corps de l’écriture à St Brieuc et Pont Scorff.

Le puits de lumière, en briques de verre, reprend une création imaginée pour le Domaine de Saint Cyr (Rennes) occupé autrefois par la congrégation des religieuses de Notre-Dame de la Charité, qui accueillait des jeunes filles soustraites à leur environnement familial par les tribunaux. Les verres translucides offraient au regard du visiteur une lecture trouble du vocabulaire  attaché au sort des pensionnaires : « pénitentes, repenties, préservées »…

        Pour St Flour, je reste dans le Puits de lumière avec cette observation que ce sont autant d’anneaux posés les uns sur les autres comme les religieuses mariées à Dieu.

       Je travaillerai les mots glissés entre les briques en fonction de l’enquête menée sur place. Je reste dans l’idée des prières judéo-chrétiennes, rédigées sur du papier et placées dans les fentes murales

       Il n’est guère possible de laisser seul le puits de lumière sans faire référence aux gens « du dehors », il ne faut pas oublier la démarche altruiste de la réclusion : les moulages offrent une juste complémentarité pourvu qu’ils ne soient éloignés des cours d’eau. Opacité, blancheur, déformations figées dans l’éternité à la manière des corps agonisants de Pompéi et Herculanum. La bêtise évoquée  à travers ces déchets reste profondément humaine, positivement humaine. Le promeneur ne devra pas ressentir un quelconque dégoût mais un doute humoristique. Ce sera le circuit des bouteilles abandonnées, le circuit du déchet sans la déchéance, le circuit des immaculées bêtises de l’homme.

Surtout ne pas asséner une morale.

Au départ : déchets plastiques, à l’arrivée : plâtres moulés.

Je ne marche pas derrière Jasper Johns mais je revisite quelques-unes des questions du Pop’art américain. De même, penser à Tony Cragg n’est pas exclu. Il y a tout simplement des sujets qu’on n’épuisera peut-être jamais.

Je pourrais m’intéresser aux emballages protecteurs, tellement protecteurs qu’ils encombrent notre existence. Ceci dit, il y a des discours en faveur du développement durable qui ne vont pas durer parce que le verbe ne vaut pas l’action.

Il n’est pas incongru de songer à l’eau qui a quitté le plâtre, on touche à une double disparition qui devrait nous inquiéter. L’eau est une idée plus forte que la nature, la prière était elle-même une idée plus forte que la religion. Les humains se sont enfermés dans des idées qui ne manquaient pas de démarche.

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