été, automne, printemps

La rédaction du livre Eté, automne, printemps est terminée. Ci-dessous en 3 extraits, les débuts de chacune des parties de mon texte.

Eté, Acte1:

Je fais quoi maintenant ? Rupture de contrat. Ma vie disparaît. Une civilisation entière à toi tout seul. De quoi ? Mais de quoi ? Je te sais impulsif. Je te crois réfléchi. Le téléphone a sonné : j’en suis là. Une tonne de questions pour faire contrepoids mais ça ne marche pas. Tu me livres tes faiblesses en gage de confiance. Grosses livraisons. L’amour, un chantier perpétuel dis-tu. Je ne m’arrêterai pas de vivre parce que tu l’as fait. J’écris pour comprendre. J’écris à voix haute pour que tu m’entendes. Ce papier c’est ta peau, le visage a disparu mais je caresse la joue des phrases qui pleurent sous ma main. Ce n’est pas moi qui verse les larmes mais toutes les personnes que tu as fait naître en moi, toutes les envies que tu as semées. Inconscient !  La blancheur des feuilles ne sert pas qu’à favoriser l’encre. Ecrire c’est dérouter ton linceul. J’écris parce que je ne comprends rien. Toutes les sécrétions de mon corps vont ressortir dans ce livre, elles vont ressurgir et se mélanger pour former des mots, des phrases, un livre que j’abandonnerai au milieu de ma bibliothèque. Je savais bien que les étagères étaient morbides, un silence à poussière auquel tu vas participer. Tu seras écrit, ta semence perdra sa blancheur ; par mes yeux elle ressortira. Mate, parcheminée. Il n’y aura plus de matin sur mes hanches, plus de caresses, plus de pressions aux endroits que choisissaient les paumes de ton désir. Comment faisais-tu pour me désirer quotidiennement ? Il n’y avait guère que les soirées alcoolisées pour te contredire. Tu me secouais comme une effervescence sucrée, pleine de rêverie, de culture et d’encouragement pour mes projets. Chaque centimètre carré de mon âme devenait sensible à ton charme, j’entendais des chuchotements dans ma poitrine lorsque tes yeux se posaient sur mes lèvres, le sol se dérobait. Je me réveillais encerclée par ton corps. Tu as tout fait pour notre amour et tu m’abandonnes. Tu m’abandonnes et tu nous abandonnes. Pourquoi m’exiler comme ça ? Une souffrance aveugle commence à s’emparer de mon corps. Comment peux-tu croire que j’acceptais tes éloignements ? […]

Automne, Acte2:

Un téléphone repose dans la paume de sa main. Un combiné noir avec une antenne chromée. Carré, robuste : peut-être l’un des premiers téléphones sans fil en vente dans les années 80. Le vêtement qu’elle porte n’a pas d’âge, juste un peu d’élégance : une longue robe tissée avec du coton et du lin, couleur unie entre le noir et le bleu. Les manches trois-quarts laissent la lumière s’accrocher sur la peau âpre des avant-bras. On devine un corps souple, un corps souple à l’intérieur et rêche à l’extérieur, posé par hasard sur le banc. Les jambes sont protégées par des collants, elles se croisent au niveau des chevilles. La posture affalée de la femme se termine là, une sorte de cascade maintient sa fatigue : la tête penche d’un côté, le buste de l’autre, les cuisses obliquent en suivant le visage. Est-elle assise ? Plutôt bloquée par les lattes du dossier. Personne ne la remarque, elle ne remarque personne : chacun vaque à ses préoccupations le plus rapidement possible. Le square est là parce qu’il y avait un espace vide à réorganiser entre les commerces, il sert aux amateurs de glaces et de sandwiches. La femme est là, on ne sait pas pourquoi. On ne sait pas à quelle heure elle est arrivée. L’écharpe en tergal qu’elle porte dénouée sur les épaules semble encore s’opposer à la brise matinale mais l’étoffe se joue du temps en le bariolant de ses couleurs acidulées. Un esprit rode sur cette vieillesse mutique, faisant d’elle une marionnette diaphane posée sur un meuble, en attendant le retour de son propriétaire. Iris dilué, le regard s’abime dans un silence noir. Les paupières s’abaissent de temps en temps pour rafraîchir l’intensité de ce silence noir. Le vent éparpille les mèches autour du visage : des flammes qui s’élèvent après de longues années de combustion sourde. La chevelure est coiffée comme les rides du visage, une organisation serrée, soignée, très ferme. Une beauté dépossédée par le temps, cloîtrée dans une posture inerte. […]

Printemps, Acte 3:

Descendre pour respirer l’air frais du dehors : je suis la première devant les falaises qui tombent. Elles tombent dans la mer, elles tombent comme la banquise que j’ai vue dans un film. C’est beau. Je voulais être la première à voir ça. On dirait un feu de pierres, c’est nu de végétation. Si long, si clair. La banquise, elle brûlait sa glace par avalanches. Je veux être la première à prendre le paysage en photo, rien que les rochers, personne devant. J’ai mes raisons : le silence, la découverte. Je suis une vague qui éclate sur le paysage : j’emporte le paysage avec moi. J’ai plaisir à sortir comme ça avant les autres. Les autres peuvent rire, avec tout le bruit qu’ils vont faire, et leurs bavardages au milieu des visites. Ils parlent sans regarder vraiment, seulement des coups d’œil. Après, ils diront : « j’ai fait le zoo, j’ai fait le musée, j’ai fait le château ». Ils font du bruit, ils prennent toute la place. C’est n’importe quoi des fois. Ce n’est pas parce que le voyage ne me coûte rien, ce n’est pas parce qu’ils ont payé leurs places. Et en plus, c’est mon dernier. Je ne cache pas mon bonheur, je le dis comme je le pense à la maîtresse. Toutes ces belles choses qu’elle me fait découvrir : hier, le château était immense, immense ! Que des cheminées et des fenêtres, on aurait dit des chapeaux de magiciens. Pour cet après midi, ma tante pense que le musée devrait me plaire parce qu’il explique bien le débarquement, il n’y a pas que les armes ou les uniformes, heureusement. C’est sûr, elle aurait pu m’accompagner, on s’entend bien… Mais bon… Je lui ai fait croire que j’étais un groupe de copines. On m’a dit qu’il n’y avait pas de voyage comme ça au collège, je préfère passer mon dernier comme d’habitude. En plus, il est exceptionnel : deux jours ! Pour les 10 ans de l’Association. C’est la fête ! Les gens du village sont quand même bavards ! Dès qu’ils sont plusieurs, dès qu’ils se retrouvent : hop, c’est parti : et blabla ci et blabla ça… Les parents nous déposent à l’école plus pour se retrouver et discuter leurs histoires. On m’offre le voyage parce que je suis première en classe, j’ai beaucoup de chance. […]

été, automne, printemps texte romanesque de 37 000 mots en 3 actes et une postface

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