L’œuvre d’art est une pensée dotée de formes dont je nourris l’autonomie des rapports. Se placer à l’intérieur de cette pensée, c’est faire événement. Produire des formes fictionnelles qui parodient ou poétisent notre usage de la réalité. Tout est possible, l’art s’accompagne de liberté et ne me pose qu’une seule question, la cohérence. Mon roman Au centre de l’infini aborde cette conviction. Je tiens à traverser la vie avec un minimum « existable ». Je n’ai pas signé de concession pour un style, je ne suis pas le dépositaire d’une marque d’œuvres esthétiques. Jouer sur les contraintes est une constante en art : ce n'est pas le bouquet de fleurs qui compte mais les conditions de son apparition, la force de sa présentation. Il faut chercher, comme Velasquez, le meilleur point de vue sur la chose à montrer parce qu'elle deviendra une vue de l'esprit. Je me suis autrefois heurté à l'enveloppe de la peau, la toile faisait écran à mes projections, je pelais la peinture pour atteindre la chair. Ensuite, j’ai écarté les espaces de l'art, j’ai fait craquer les sensations. Ma démarche s'inscrivait dans l'expansion des matériaux, toujours à la conquête ou reconquête d'espaces. Le projet Vanité reprend la thèse d’une Société renvoyée dans l’Histoire, si bien que je passe du véhicule emblématique 4 x 4 aux crânes des natures mortes du XVII ème siècle pour approcher les grands squelettes fossiles. Je ne dénonce rien, j’annonce. J’annonce tout ce que je sens voir, je m’organise pour en faire ma relation au monde, un dialogue silencieux comme le Temps. Devenir un synonyme du Temps, ça aussi c’est possible. Et c’est bien.
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