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Mes orgues de Staline

 

Ces années-là, je coulais du plâtre dans les plastiques d’emballage ou de protection. Cela tenait du pop’art puisque je me basais sur les objets de mon quotidien pour produire des formes qui questionnaient notre consommation. J’avais le souci de me détacher du réel pour développer un narratif poétique (ou une poétique narrative ?), j’aimais faire glisser le quotidien dans un espace onirique.

Ce casier à bouteille était inspiré des Orgues de Staline, cette arme qui faisait le spectacle quand elle envoyait les roquettes en un feu d’artifice. Le plâtre, c’était ce matériau qui avait permis aux archéologues de de matérialiser à Pompéi les corps prisonniers des cendres du Vésuve. Couler du plâtre dans les moules me permettait de redonner vie aux déchets et de créer des objets morts-vivants. Bien sûr, comme le montre la seconde photo, je m’étais aussi penché sur les assemblages, l’objet devenant matériau. Je n’étais pas motivé par le détournement du réel mais j’agissais comme un peintre qui prend de la couleur-matière pour créer des formes.

J’étais très heureux de puiser sans fin dans cette ressource, ma production était joyeuse et facile, je me prenais un peu pour l’archéologue qui réveille le passé et fait surgir une civilisation oubliée, entre art cycladique et pop’art américain. Mon atelier se remplissait à toute vitesse, il y avait toujours un sac de plâtre ouvert et des récipients pour fabriquer en quelques secondes une série d’objets ou un seul objet. L’atelier n’était pas loin de la cuisine, ce que ma famille mangeait ou buvait était parfois responsable d’un moulage. La question n’était pas d’opérer une transformation technique mais de combiner cette technicité avec un propos esthétique. Comme je sortais de plusieurs années où j’avais enseigné l’histoire à des collégiens, il y avait une logique pour moi à m’appuyer sur la notion de documentation par le biais de l’artefact. Avec le plâtre, je faisais histoire(s),  temporelle et narrative.

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