Chassés du paradis, chassés de l’affiche

Adam et Eve, premiers réfugiés de l’histoire? Premiers migrants?

Chassés du paradis: Masaccio, Michel-Ange et d’autres se sont emparés d’Adam et Eve pour représenter la déroute du couple le plus médiatique de notre culture. Loin de toute mythologie, j’ai envie de croire que le paradis nous accompagne chaque jour… mais nous laisse tomber le lendemain.

En peignant les silhouettes du couple mythique sur des cartes routières, je tente un lien avec les migrations d’aujourd’hui, il y aurait beaucoup à dire sur les mouvements qui ont marqué l’humanité.

Il y a quatre ou cinq ans, j’ai entamé un travail sur l’exclusion, avec des récupérations d’affiches et de pages de journaux. Mon objectif était de créer un matériau capable d’évoquer la richesse culturelle de notre société tout en montrant ses faiblesses, comme la précarité ou l’exclusion.

Les débris d’affiches jouant un rôle de sédimentation, je reste dans la continuité de la paléotomobile. Ainsi que les mises en pots de déchets divers…

Aujourd’hui je resserre le propos en confrontant peintures et affiches. Si mon atelier est trop petit pour montrer la totalité du travail, les photos devraient permettre de saisir les enjeux qui me touchent. D’un côté, j’ai peint des personnages en déplacement, de l’autre, des carreaux qui tentent de construire un dédale. Il reste à mettre tout ça en forme(s), à construire des espaces de dialogue hors atelier.

Je me suis lancé dans une connexion entre Adam et Eve chassés du paradis et ma fabrique de carreaux d’affiches, avec l’idée que notre consommation culturelle pourrait avoir une fin comparable aux motivations qui sont à l’origine des grandes migrations de réfugiés.

J’ai dessiné à la peinture glycéro des figures emblématiques, tirées de Masaccio, Michel-Ange, Giuseppe ou van Leyden, sur des cartes fictives ou historiques. J’aimerais réunir et transcender la mythologie biblique, les  vagues contemporaines de réfugiés et les rafles antijuives de la seconde guerre mondiale.

Ce que j’ai travaillé s’apparente à des carreaux d’affiches recto-verso qu’il faut mettre en jeu. Chaque côté contient un petit aimant néodyme : il suffit d’une cornière pour amorcer un assemblage, le public pourrait s’en emparer, les manipuler et me proposer des formes de dialogues.

J’ai pensé que les carreaux d’affiches peuvent faire référence aux valises abandonnées par les prisonniers et dialoguer avec les dessins. Cubes, labyrinthes, dallages, débris d’images: évoquer la dureté des voyages tout en laissant la possibilité de construire d’autres voies.

       

Quelque chose s’écrit dans mon atelier, que j’envisage de transposer dans une fiction littéraire quand j’aurai achevé mon autobiographie, Le ciel d’Alençon est immense, vers novembre.

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